Prix Carbet de la Caraïbe

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2008 - Simone et André Schwarz-Bart

Destins noués aux souffrances de l’histoire. Destins voués à détecter la beauté des peuples par delà les pluies et les vents de l’existence. Simone et André Schwarz-Bart, tout en écriture croisée, ont défié les barrières en tissant le métissage des mémoires crucifiées et des générosités littéraires.

Et nous frémissons toujours de ce tremblement qui habite leurs pages d’un vœu de commuer les blessures en lumière sensible. Parce qu’ils avaient en héritage l’inhumain des tragédies terrifiantes, ils ont fait surgir la conscience solidaire d’une saisie du vivant comme une transcendance.

Aussi furent t-ils, plus que tout autre, couple littéraire incendié de solitude comme un radeau dont nul salut ne veut. Ils inventèrent leur lieu et firent de la Guadeloupe une terre-palimpseste où les contes ne meurent pas, où dessous l’ordinaire le merveilleux pousse des cris de bambous, où les hommes et les femmes coulent la parole comme un café fort, où des mondes se croisent et dérivent dans l’invisible.

Ils avaient à embrasser, l’humain dans des miettes d’humanité rescapées du désastre, à écrire les petits mots fragiles qui bordent l’espérance et nous ouvre la voie vers l’éclat de nos imaginaires inconsolés.

Et soudain, au fil des œuvres, de vieilles femmes nous parlaient d’un temps opaque que leurs rides murmuraient comme des confessions lucides.

Des morts comblaient nos failles d’une résistance occulte portée par des femmes aux noms sublimes : Télumée, Solitude. De les avoir nommées redressait le tombé et nous agrandissait en arbres flamboyants.

Des contes ressuscitaient nos nuits, nos rêves et l’horizon prenait couleur de nos errances, portait sur ses épaules inquiètes une sagesse intime faite de vérité vraie.

André  et Simone nous ont appris à toucher nos ombres pour mieux nous sentir, à traverser nos peurs pour trouver nos soleils, à  aimer nos défaites pour fêter notre grandeur.

Et tout un paysage de feuilles et de rivières, de cachots et de cauchemars, de mornes oubliés et de halliers en feu, de cannes maudites et de racines de barbadine, s’est fait chant d’envoûtement pour nous remettre aux mains du monde tels des nouveau-nés. Ce monde où la Shoa et l’esclavage avaient meurtri le grand songe d’une possible fraternité. Ce monde à dépasser non par l’oubli mais par la mémoire fascinée de toutes les barbaries. Ce monde de camps de plantations qui n’étaient rien d’autres que la préfiguration des camps de concentration dont ils avaient saisi la démesure commune à l’échelle la démesure.

Et le génie d’André Schwarz-Bart a été de comprendre que les souffrances doivent être solidaires si l’on voulait changer l’ordre de la cruauté, de comprendre qu’il fallait convertir les souffrances en expérience pour convertir le cercle des récriminations et des repentances, de comprendre qu’il n’y avait pas de monopole des souffrances et d’adopter sans réserve la Guadeloupe de Simone Schwarz-Bart comme un lieu de réflexion sur l’histoire du monde. Ce en quoi le Dernier des Justes est à la fois un inclassable monument de la question humaine. Monument juif, monument guadeloupéen, monument mondial, monument d’expression d’un tout-monde ouvert à toutes les rédemptions.

Et ce n’est pas par hasard que Pluie et vent sur Télumée-Miracle figure en bonne place parmi la liste de nos grands classiques comme une lecture imprévisible et talentueuse de nos chaos, de nos traces, de nos lumineux sillons d’existence. C’est le fruit d’une double fécondation à laquelle nous voulons rendre hommage. Celle d’un André empruntant nos pas et celle de Simone marchant pour nous, avec nous, sur les braises d’un aller où l’île devient monde où le monde se concentre en île au péril des alliances nouées, et des entremêlements des humanités, des cultures et des histoires et dans l’insondable des opacités.

André  et Simone en honneur et en respect pour tant qui nous fut donné  de la relation fragile et somptueuse de vos voix accordées au chant du divers.

Chants accouplés, encouplés, liesse et tresse de ce jardin de mer où les vagues blessées trouvent la force des rivages et le feu des tendresses et les joues d’une terre plus humaine d’être littérature.

En ce jour de Prix Carbet, nous vous disons merci !

Mentions spéciales du Jury

Le Jury tient particulièrement à signaler un premier roman.

Il s’agit de Noirs Néons de Jean-Marc ROSIER, (éditions Alphée).

Dans une langue originale et moderne, s’inspirant des procédés de la photographie et du cinéma, ce jeune auteur martiniquais met en scène et interroge vivement les déshumanisations visibles et invisibles de la société urbaine contemporaine.

Joseph POLIUS, 25 Rue Bayardin, éditions du manuscrit, 2008.

Pour l’éclat d’une écriture qui décentre les données du réel en cadences heurtées et en images retenues.

Pour la tonalité  des révoltes postulées et des mémoires à vif qui permettent de conférer du sens à notre présent et de nourrir ainsi l’imprévisibilité du chaos poétique ;

Le jury du Prix Carbet 2008 décerne une mention très spéciale au recueil au recueil 25 Rue Bayardin (édition du Manuscrit 2008) de Joseph POLIUS en hommage à son ton novateur et à sa force d’expression.

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